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Partons à la cueillette des cèpes

Automne 2007

6 heures... La voiture est prête, il n'y a plus qu'à embarquer, passer récupérer les collègues, et en route pour une heure et demie environ de trajet. Tout dépend du nombre de poids lourds ou de voitures-escargot qui nous auront devancés !

Direction le Somail, cette région couverte essentiellement de forêts, située à cheval sur le Tarn et l'Hérault. Il fait encore nuit noire, et nous n'apercevrons les premières lueurs qu'en négociant les virages qui nous hisseront sur les hauteurs de la Montagne Noire...

Arrivés à proximité de La Jassette (le nom est inventé, ne cherchez pas sur la carte IGN...), au coeur de la forêt domaniale, et malgré la faible clarté ambiante, de nombreuses voitures ont déjà pris possession des bas-côtés de la route... Un petit renfoncement offre une place où stationner sans gêner la circulation (les véhicules à gyrophare tournent régulièrement dans le secteur armés de carnets à souche...), et propose même un petit ruisseau à proximité qui sera fort utile pour effectuer quelques ablutions au retour...

L'ambiance étant plutôt humide en ce début de matinée, veste étanche et bottes sont de rigueur au départ. Ne pas oublier l'équipement du parfait cueilleur : panier en osier (dont on recouvrira le fond de quelques fougères fraîches), bâton, couteau (un "opinel" en ce qui me concerne), casquette...

Les lisières du bois sont très fréquentées (on se demande comment les gens y voient, je n'ose imaginer que certains cherchent à la lampe de poche...), je monte donc par une piste herbeuse vers un secteur plus éloigné, et donc en principe moins fréquenté ! Me voici à pied d'oeuvre...

Dans un premier temps, il faut "sonder" afin de vérifier où les cèpes (s'il y en a) ont choisi de pousser aujourd'hui : versants exposés à l'est ou à l'abri du vent du sud, plantations de conifères ou forêts de hêtres, penchants ou parties plus planes, zones touffues ou landes clairsemées, etc...

Un rapide passage de quelques minutes dans ces différents secteurs semble indiquer que le champignon-roi sera aujourd'hui plutôt sous les sapins et face au soleil, soleil qui n'a pas encore transpercé l'épaisse nappe de bouillard qui enveloppe la montagne.

 
 

 
 

Commence alors la traque minutieuse, les yeux rivés sur le sol : petit coup de bâton à droite pour écarter quelques fougères, petit coup d'oeil derrière un talus afin d'élargir le champ de vision, petit examen des vieilles souches au cas où... Les méthodiques (dont je suis) arpentent minutieusement les rangées de résineux d'une bordure à l'autre, montant, descendant, et recommençant jusqu'à épuisement... de la forêt... ou de l'individu !!! Une certitude : ce matin le cèpe est rare, et il faudra beaucoup marcher pour espèrer remplir une partie du panier...

 
 

 

 

 

 

Le sol et les arbres étant mouillés par une fine bruine, il faut être vigilant au bois mort qui traîne sous les feuilles et se transforme en un traître tobbogan, à la pierre glissante qui roule sous vos pieds,... et vous avec (!), aux branches qui s'égouttent et embuent les lunettes...

 

Au bout d'une heure de cheminement, la récolte est maigre : quelques bouchons et deux ou trois têtes brunes qu'il faut se dépêcher de soutirer aux limaces et aux insectes qui les déchiquettent de l'intérieur...

La matinée s'écoule, et, enfin, sur un petit monticule, deux belles "casquettes" enlacées : deux jolis chapeaux de la taille d'une assiette ! Frais, fermes, partiellement soudés, une belle apparition au milieu d'un coussin de mousse ! Un coup de couteau pour trancher la queue, quelques délicats coups de lame pour racler la terre, un rapide coup d'oeil pour déceler toute intrusion animale,... et hop ! couchés délicatement au fond du panier !

Le soleil a réussi à percer, les couleurs automnales rejaillissent de chaque côté des chemins, les feuillages s'égouttent... La matinée se poursuit sous de meilleurs auspices ! Tantôt une girolle, parfois un pied de mouton, encore quelques bolets à proximité d'un châtaignier qui a réussi à se frayer un passage au milieu des conifères... Il faut détacher son regard des "faux" (comme on appelle chez nous les non-comestibles ou de moindre qualité gustative) : amanites, russules, clavaires, tricholomes, pieds rouges,...

Un coup d'oeil à la montre : midi passé... Il est temps de rejoindre le véhicule, de se rafraîchir ("non, non... petit verre d'eau tout d'abord ! Le rosé sera pour tout à l'heure..."), de s'enlever les aiguilles de sapin qui se sont glissées sous les vêtements, et de se mettre à l'aise pour partir à l'assaut... de la glacière qui trône vite au milieu du groupe ! Mais ceci est une autre histoire...

Bilan de la matinée : j'ai pratiquement rempli mon cabas (ce qui représente environ cinq kilos de champignons quasi prêts à l'emploi), une relative bonne cueillette pour cet automne 2007 qui ne restera vraiment pas dans les annales, contrairement aux deux années précédentes !

Été "pourri", début d'automne sec, gelées trop précoces, premières poussées tardives : voici énumérées les principales raisons qui ont limité la sortie des cèpes. Et si les cueillettes successives ont été assez maigres, elles ont toutes été très appréciées... : en fricassée à la poêle, en omelette, en carpaccio, farcis ou au vinaigre,... la gamme de préparation est large et appétissante !!!

 
 

Mais où sont donc les cèpes d'antan ?...

Automne 2008

  

  
 

En ce début d'automne, à l'instar de notre quotidien régional du week-end dernier, tout le Sud-Ouest est inquiet : les cèpes vont-ils sortir ???... Nous sommes en effet déjà en octobre, et il y a davantage de képis sur le bord des routes que de chapeaux bruns en lisière des bois !!!...

Alors, il fallait en avoir le coeur net : pour manger une bonne fricassée de cèpes ce dimanche faudrait-il puiser dans le congélateur (qui n'en contient malheureusement plus beaucoup) ou ouvrir une conserve (dont le nombre s'amoindrit dangereusement) ?...

Et bien, ni une ni deux... direction les Monts du Somail, mon terrain d'aventure préféré pour ce genre de cueillette !... Premier constat : très peu de voitures garées à proximité des forêts ; deuxième constat : pas de cageot de champignons en évidence sur l'étal de l'épicerie d'Anglès... Aïe, aïe, aïe, mauvais signe !...


Et le troisième constat n'est pas le plus réjouissant : mes parcelles forestières de prédilection ont été ravagées pendant l'été !... De nombreuses rangées de sapins ou de hêtres ont été coupées, les grumes enlevées, mais branchages et mauvais troncs jonchent le sol dans un fouillis indescriptible...

Malgré tout, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, le panier en osier sous le bras dans un optimisme béat, me voici parti en chasse !... Et il en a fallu en arpenter des hectomètres de montagne avant de trouver le premier spécimen : petit, ridé, décoloré !... Mais bon, c'était un signe positif...

 
 

 
 

 

 
 

C'est donc plein d'espoir que le gymkhana forestier se poursuit : trébucher sur les troncs, s'emmêler les lacets dans les branches,... les yeux grand écarquillés afin de percer cet amoncellement végétal pour dénicher le cryptogame prodige !... Et vous, en voyez-vous ?...

Et voici donc l'impénitent cueilleur devenu funambule hésitant ou acrobate de pacotille afin de voler (enfin, doux euphémisme...) au-dessus de cet amas "branchouillard" ! Et parfois, un beau spécimen se présente, seul, sous des branchages : le mikado géant commence...

Le sol est sec, les faînes explosent sous les semelles, les pignes éclatent, les glands roulent... Cette année, il faut marcher, marcher encore... Monter, descendre, re-monter, re-descendre,... Etre patient, et surtout concentré... Alors, de temps à autre, "il" apparaît, comme surgi de nulle part dans cette aridité ambiante...

"Ils" ne sont pas nombreux, mais il y en a, malgré la manque d'eau, malgré un sol desséché, malgré les gelées blanches matinales... Souvent sales, parfois rongés, tantôt de couleur livide,... avant que ne surgisse le mastodonte de la journée, gros comme un saladier...

Après 4 heures d'une marche difficile et soutenue, malgré les conditions défavorables, la cueillette est malgré tout intéressante : 4 kg et quelques... Certes, il y a 2 ans, une telle sortie s'évaluait en dizaines de kilos !... Mais peut-être la saison ne fait-elle que commencer ???...




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