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Le Pic de Nore,

point culminant de la Montagne Noire

1 : féerie givrée

La Montagne Noire constitue l'ultime contrefort méridional du Massif Central. Elle est un élément de la chaîne hercynienne qui s'est formée entre - 345 et - 305 millions d'années.

Elle forme une massive et sombre barrière entre les départements du Tarn et de l'Aude. C'est en son coeur que Pierre Paul Riquet est venu chercher l'eau qui alimente le Canal du Midi. Elle est dominée à l'est par le Pic de Nore (1211 mètres)...

Photo : lever de soleil sur la Montagne Noire et le Pic de Nore vus depuis les Monts de Lacaune.

Le Pic de Nore n'a de "pic" que le nom, et il se présente sous la forme d'une montagne massive et arrondie. Dans les Alpes ou les Pyrénées il ne serait qu'un banal sommet de seconde zone et serait entièrement couvert de forêts.

Mais ici, excentré, isolé, dominant la vallée tarnaise du Thoré et la plaine audoise, il est un sommet à part entière. Sa position de vigie lui vaut d'héberger un relais de télévision qui irrigue le Sud-ouest et le Languedoc jusqu'à plus de 100 km à la ronde...

Ce point culminant de la Montagne Noire, esseulé et surélevé, bénéficie de par sa position de conditions souvent extrêmes et que l'on a du mal à imaginer en raison de sa situation au coeur de l'Occitanie et de sa latitude...

Battu par les vents, sa large coupole sommitale est vierge de tout arbre et n'est recouverte que par une végétation rase. Fermant la vaste plaine audoise au nord, il accroche les nuages, le brouillard, le froid et la foudre...

Il existe un contraste saisissant entre son versant nord humide (côté tarnais donc), couvert d'épaisses forêts de hêtres et de conifères, et sa face sud plus ensoleillée et plus sèche, tapissée de pins et de garrigue...

La crête du Pic de Nore subit de plein fouet les assauts du vent, qui y souffle plus vite et plus fort qu'ailleurs. Située à la limite des influences atlantiques et méditerranéennes les contraintes climatiques y sont difficiles. Cela signifie souvent pendant la période hivernale : gelées, givre et neige...

Le Pic de Nore capteur de givre...

Nous l'avons vu, en raison de sa position dominante avancée, le Pic "bénéficie" en avant première de toutes les situations climatiques aggravantes, et les amplifie...

En raison de l'absence de végatation haute sur son dôme pelé, tout élément émergeant sert de support au givre qui s'y dépose : tiges, brins d'herbes, piquets,... Même les fils de clôture se retrouvent enrobés chaque nuit froide par un superbe manchon gelé qui voit ainsi le bord des pâturages ornés de magnifiques guirlandes naturelles et éphémères...

Le Pic de Nore capteur d'espace...

Première hauteur significative dominant la large plaine s'étendant de Toulouse à la Méditerranée, le Pic offre un magnifique panorama qui s'étend des Pré-Alpes provençales aux Pyrénées basques en passant par la Grande-Bleue, ce qui représente un éventail de paysages s'étirant sur plus de 530 km !...

Ce jour-là, on voyait distinctement à l'est la silhouette triangulaire du Mont-Ventoux (dans le Vaucluse) et plein sud la chaîne des Pyrénées (catalanes et centrales) qui proposait ses sommets encore faiblement enneigés au-delà d'une épaisse mer de nuages recouvrant le Piémont...

Le Pic de Nore capteur de vent...

Les effets du vent sur le givre sont saisissants... (C'est, je crois, le mot qui convient !!! lol...). Un panneau indicateur de randonnée se transforme vite en une croix (qui prend un aspect fantasmagorique dans le brouillard), et les grillages ceinturant le relais météo deviennent d'immenses damiers...

Vers 11 h ce matin-là, les températures étaient toujours négatives (mais il ne faisait pas froid...), et les rayons du soleil venant réchauffer les masses métalliques, ce sont des pans entiers de givre qui s'écroulaient brutalement dans un grand cliquetis...

Le Pic de Nore capteur de froid...

Cette montagne a longtemps été une aubaine pour les cafetiers, restaurateurs et glaciers des départements limitrophes... En effet, jusqu'en 1925, des "cueilleurs de gel" montaient chaque nuit de la plaine pour venir récupérer sur la montagne neige, glace et givre qu'ils redescendaient à pleines charretées par des chemins sinueux et cahotiques...

Entreposés dans des glacières maçonnées (paradoxalement "environnées" de thym, de vignes et d'oliviers), cette glace se conservait toute l'année et était distribuée à la saison chaude, toujours de nuit, aux professionnels de la boisson et aux métiers de bouche.

2 : à travers la forêt

Le Pic de Nore est le point culminant de la Montagne Noire, ce qui lui vaut d'être visible de loin et reconnaissable grâce au harnachement d'antennes et paraboles qui le surmontent. Sur la photo ci-après, le voici tel qu'il apparaît versant sud depuis le village de Pradelles-Cabardès...

C'est de l'esplanade du refuge du Triby (955 m d'altitude) que démarrera la balade. On y accède depuis Mazamet par une petite route montante, très étroite et très sinueuse, et particulièrement mal indiquée. Donc si l'on ne connaît pas, il vaut mieux être doté d'une bonne carte détaillée et de bien repérer les rares panneaux...

Faisant face au refuge du Triby, de l'autre côté de la route, se dresse une stèle érigée à la mémoire du Corps Franc de la Montagne Noire qui est sorti de la clandestinité ici le 5 juin 1944, et s'y est rassemblé pour poursuivre son combat. Composé de maquisards et de volontaires du Tarn et de l'Aude le Corps Franc comptera près d'un millier d'hommes...

C'est par la large piste de Roquetaillade que débute le parcours. Elle passe au milieu d'une magnifique hêtraie, rare vestige de la forêt qui recouvrait jadis les pentes nord du massif, avant que le pâturage et les coupes intensives ne la réduisent considérablement...

Après un "petit kilomètre", il faut abandonner le confort de cette belle piste pour emprunter sur la gauche un petit sentier en creux, particulièrement raviné. Nous sommes sur une partie commune aux GR 7 (qui relie le Ballon d'Alsace à la Principauté d'Andorre) et GR 36 (qui va de la Normandie aux Pyrénées Orietales)...

Après un départ un peu délicat en raison des ravines creusées par l'écoulement des eaux d'orages, le sentier s'élargit en un beau chemin engazonné, qui va monter régulièrement au milieu de la forêt, souvent bordé par des arbustes de houx qui abondent dans ce secteur...

Parfois, à l'occasion d'une coupe récente, une "fenêtre" apparaît dans le mur végétal qui nous entoure, et laisse fugitivement entrevoir quelques portions de Montagne Noire, mosaïque de verts clairs des feuillus et de verts foncés des conifères. Au loin apparaît la chaîne des Pyrénées...

La Montagne Noire constitue un véritable château d'eau, (je me répète, mais c'est dans ce massif que Riquet est venu chercher l'eau destinée à alimenter le Canal du Midi), et notre route coupe quelques petits rus, bordés de myrtilliers sauvages, dont l'eau ira rejoindre l'Atlantique...

Si au niveau sonore le trajet est agrémenté par le murmure de l'eau, la vue n'est pas en reste avec la présence d'un nombre incroyable de "scilles à deux feuilles". Sur les lisières de la forêt ou les talus exposés à l'est notamment, ce sont de véritables parterres bleutés qui s'étirent sur des kilomètres...

Après une petite heure de cheminement en forêt, avec alternance de hêtres et de conifères, nous débouchons au Portail de Nore, qui marque la limite entre le Tarn (que nous allons quitter) et l'Aude (où nous allons pénétrer). C'est ici également que le GR 7 et le GR 36 se séparent...

En effectuant un petit crochet d'une centaine de mètres, nous atteignons une clairière dans laquelle se dresse un autel de plein air. Il fut érigé à l'instigation d'un groupe de jeunes montagnards locaux qui avaient créé en 1924 l'association des "Rats de Nore", afin d'y célébrer une messe annuelle en l'honneur de leurs membres mobilisés ou prisonniers lors de la seconde guerre mondiale...

Quelques mètres plus loin, à proximité d'une source généreuse, une cabane en planches, baptisée "refuge du col de Tap", sans doute utilisée jadis par les jeunes "Rats de Nore", offre un triste spectacle : cheminée explosée, volets arrachés, murs tagués, "mobilier" déglingué... Je n'ose imaginer la tête de randonneurs au long cours souhaitant y bivouaquer !...

En revenant sur le sentier du Pic de Nore, on quitte la forêt pour traverser la lande sommitale : seule subsiste maintenant une végétation rase de pelouse d'altitude. Les taches jaunes des narcisses s'insinuent entre les coussins pas encore mauves de bruyère, que les troupeux ne tarderont pas à investir très prochainement...

Quand nous débouchons sur la lande, l'objectif de la balade est en vue, et il ne passe pas inaperçu : le relais de télévision, qui permet à de nombreux foyers du midi-languedocien de recevoir des images dans leur "étrange lucarne"...

Pour l'atteindre, on peut emprunter indifféremment les sentes creusées par les troupeaux, ou la route dont les piquets d'enneigement nous rappellent que les conditions météorologiques sont parfois très rudes sur ce gros mamelon de 1211 mètres d'altitude...

En approchant du sommet, quelques amoncellements de rochers émergent au-dessus des pâturages, et la rareté de roches sur ce dome sommital ne les met que plus en valeur...

"Las Peyras blancas" (les pierres blanches), ces gros blocs de gneiss oeillés, ont résisté aux rigueurs du climat et à la violence des vents qui empêchent ici la croissance de tout arbuste...

Au pied des bâtiments de l'émetteur, un magnifique panorama s'ouvre au sud. Par temps clair, il s'étend du Mont Ventoux (Vaucluse) au Pic du Midi d'Ossau (Béarn), soit sur plus de 500 kilomètres.

Ce matin-là, le petit village de Pradelles-Cabardès et son lac d'agrément s'éveillent dans leur écrin de verdure. Au-delà des éoliennes, la plaine de l'Aude s'étire sous des brumes de chaleur, au-dessus desquelles émerge la chaîne des Pyrénées encore enneigée...

En redescendant dans la vallée par la petite route forestière de Roquerlan, ce sont de merveilleux paysages champêtres qui s'offrent à nos yeux...

Un long moutonnement de collines verdoyantes et fleuries, recouvertes de forêts et de pâturages, abritant quelques hameaux isolés, respire le calme et la tranquillité...

De près, la Montagne Noire n'est pas si noire que cela !!!...

 

 
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