
Le Pic de Nore est le point culminant de la Montagne Noire, ce qui lui vaut d'être visible de loin et reconnaissable grâce au harnachement d'antennes et paraboles qui le surmontent. Sur la photo ci-après, le voici tel qu'il apparaît versant sud depuis le village de Pradelles-Cabardès...

C'est de l'esplanade du refuge du Triby (955 m d'altitude) que démarrera la balade. On y accède depuis Mazamet par une petite route montante, très étroite et très sinueuse, et particulièrement mal indiquée. Donc si l'on ne connaît pas, il vaut mieux être doté d'une bonne carte détaillée et de bien repérer les rares panneaux...

Faisant face au refuge du Triby, de l'autre côté de la route, se dresse une stèle érigée à la mémoire du Corps Franc de la Montagne Noire qui est sorti de la clandestinité ici le 5 juin 1944, et s'y est rassemblé pour poursuivre son combat. Composé de maquisards et de volontaires du Tarn et de l'Aude le Corps Franc comptera près d'un millier d'hommes...

C'est par la large piste de Roquetaillade que débute le parcours. Elle passe au milieu d'une magnifique hêtraie, rare vestige de la forêt qui recouvrait jadis les pentes nord du massif, avant que le pâturage et les coupes intensives ne la réduisent considérablement...

Après un "petit kilomètre", il faut abandonner le confort de cette belle piste pour emprunter sur la gauche un petit sentier en creux, particulièrement raviné. Nous sommes sur une partie commune aux GR 7 (qui relie le Ballon d'Alsace à la Principauté d'Andorre) et GR 36 (qui va de la Normandie aux Pyrénées Orietales)...

Après un départ un peu délicat en raison des ravines creusées par l'écoulement des eaux d'orages, le sentier s'élargit en un beau chemin engazonné, qui va monter régulièrement au milieu de la forêt, souvent bordé par des arbustes de houx qui abondent dans ce secteur...

Parfois, à l'occasion d'une coupe récente, une "fenêtre" apparaît dans le mur végétal qui nous entoure, et laisse fugitivement entrevoir quelques portions de Montagne Noire, mosaïque de verts clairs des feuillus et de verts foncés des conifères. Au loin apparaît la chaîne des Pyrénées...

La Montagne Noire constitue un véritable château d'eau, (je me répète, mais c'est dans ce massif que Riquet est venu chercher l'eau destinée à alimenter le Canal du Midi), et notre route coupe quelques petits rus, bordés de myrtilliers sauvages, dont l'eau ira rejoindre l'Atlantique...

Si au niveau sonore le trajet est agrémenté par le murmure de l'eau, la vue n'est pas en reste avec la présence d'un nombre incroyable de "scilles à deux feuilles". Sur les lisières de la forêt ou les talus exposés à l'est notamment, ce sont de véritables parterres bleutés qui s'étirent sur des kilomètres...


Après une petite heure de cheminement en forêt, avec alternance de hêtres et de conifères, nous débouchons au Portail de Nore, qui marque la limite entre le Tarn (que nous allons quitter) et l'Aude (où nous allons pénétrer). C'est ici également que le GR 7 et le GR 36 se séparent...

En effectuant un petit crochet d'une centaine de mètres, nous atteignons une clairière dans laquelle se dresse un autel de plein air. Il fut érigé à l'instigation d'un groupe de jeunes montagnards locaux qui avaient créé en 1924 l'association des "Rats de Nore", afin d'y célébrer une messe annuelle en l'honneur de leurs membres mobilisés ou prisonniers lors de la seconde guerre mondiale...

Quelques mètres plus loin, à proximité d'une source généreuse, une cabane en planches, baptisée "refuge du col de Tap", sans doute utilisée jadis par les jeunes "Rats de Nore", offre un triste spectacle : cheminée explosée, volets arrachés, murs tagués, "mobilier" déglingué... Je n'ose imaginer la tête de randonneurs au long cours souhaitant y bivouaquer !...

En revenant sur le sentier du Pic de Nore, on quitte la forêt pour traverser la lande sommitale : seule subsiste maintenant une végétation rase de pelouse d'altitude. Les taches jaunes des narcisses s'insinuent entre les coussins pas encore mauves de bruyère, que les troupeux ne tarderont pas à investir très prochainement...

Quand nous débouchons sur la lande, l'objectif de la balade est en vue, et il ne passe pas inaperçu : le relais de télévision, qui permet à de nombreux foyers du midi-languedocien de recevoir des images dans leur "étrange lucarne"...

Pour l'atteindre, on peut emprunter indifféremment les sentes creusées par les troupeaux, ou la route dont les piquets d'enneigement nous rappellent que les conditions météorologiques sont parfois très rudes sur ce gros mamelon de 1211 mètres d'altitude...

En approchant du sommet, quelques amoncellements de rochers émergent au-dessus des pâturages, et la rareté de roches sur ce dome sommital ne les met que plus en valeur...
"Las Peyras blancas" (les pierres blanches), ces gros blocs de gneiss oeillés, ont résisté aux rigueurs du climat et à la violence des vents qui empêchent ici la croissance de tout arbuste...

Au pied des bâtiments de l'émetteur, un magnifique panorama s'ouvre au sud. Par temps clair, il s'étend du Mont Ventoux (Vaucluse) au Pic du Midi d'Ossau (Béarn), soit sur plus de 500 kilomètres.
Ce matin-là, le petit village de Pradelles-Cabardès et son lac d'agrément s'éveillent dans leur écrin de verdure. Au-delà des éoliennes, la plaine de l'Aude s'étire sous des brumes de chaleur, au-dessus desquelles émerge la chaîne des Pyrénées encore enneigée...

En redescendant dans la vallée par la petite route forestière de Roquerlan, ce sont de merveilleux paysages champêtres qui s'offrent à nos yeux...
Un long moutonnement de collines verdoyantes et fleuries, recouvertes de forêts et de pâturages, abritant quelques hameaux isolés, respire le calme et la tranquillité...
De près, la Montagne Noire n'est pas si noire que cela !!!...
