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Vallée de Boi (1)

Introduction 

Située dans la partie la plus occidentale de la Catalogne espagnole, la vallée de Boi (Vall de Boi en catalan) se trouve dans l'une des plus petites et des moins peuplées de ses provinces, l'Alta Ribargoça. Les hautes montagnes avoisinant ou dépassant les 3000 mètres qui l'entourent abritent un véritable trésor tout autant naturel que culturel...

Sur une petite dizaine de kilomètres seulement, cette vallée reculée et longtemps ignorée recèle d'extraordinaires joyaux de l'art roman construits aux XIème et XIIème siècles. Ces dizaines de clochers-tours qui s'élancent majestueusement vers les cieux constituent une remarquable unité architecturale enchâssée dans un merveilleux écrin de ciel bleu et de sommets enneigés...

Cette vallée, entièrement vouée à l'agro-pastotalisme tout au long de son histoire, a longtemps vécu en autarcie dans de petits villages essaimés sur les pentes de versants abrupts, à la recherche de protection et d'ensoleillement. Ce riche patrimoine roman (parmi les plus importants d'Europe) a valu à ce secteur longtemps méconnu d'être classé à l'UNESCO, alors que la vallée elle-même constitue l'une des rares pénétrantes vers les beautés naturelles du Parc National d'Aigüestortes qui la domine...

 

Comment s'y rendre ?

En venant de France par l'A64 entre Toulouse et Tarbes, il faut quitter l'autoroute au niveau de Montréjeau (sortie 17) et remonter le cours de la Garonne en direction de Saint-Béat. La frontière franchie, on accède au Val d'Aran, une province catalane longtemps tournée vers la France en raison d'une imposante barrière montagneuse infrachissable pendant tout l'hiver et l'isolant du reste de la péninsule ibérique. A hauteur de Vielha, capitale aranaise, la route s'élève vers le sud en direction du tunnel, dont le premier fut inauguré en 1948 afin justement de désenclaver cette vallée...

Il constitue à l'époque le premier tunnel routier d'Europe, et est resté jusqu'en 1964 le plus long tunnel routier mondial ! Afin de pallier sa vétusté, une nouvelle galerie a été percée à ses côtés entre 2002 et 2007. Ce nouveau tunnel est long de 5230 m et comporte 3 voies de circulation : deux se dirigeant vers le sud et une seule pour remonter. L'ancien tunnel a été aménagé en galerie d'évacuation en cas d'accident, et 12 couloirs y conduisent. Conçu après l'accident du tunnel du Mont-Blanc en 1999, ce nouveau tunnel de Vielha est considéré comme l'un des plus sûrs au monde : 1186 points de lumière, 442 signaux d'urgence lumineux, 25 bouches d'incendie, 8673 aspergeurs en cas d'incendie...

Dans le sens nord-sud, la route s'élève à l'intérieur du tunnel : entrés à 1400 m d'altitude, on ressort à 1605 m, soit une pente moyenne de 4,57%. En ce jour d'hiver 2010, on put facilement constater de visu le rôle de barrière climatique joué par la montagne que l'on venait de traverser : alors que tout avait fondu au nord, les environs de la bouche sud au contraire étaient merveilleusement enneigés, et toute la végétation figée dans une gangue de neige givrée. Vers l'ouest, les hautes montagnes constituent la limite du Parc Naturel de Posets-Maladeta, incluant la zone des plus hauts sommets pyrénéens (dont le Pic d'Aneto : 3404 m)...

La route suit alors les parcours de la Noguera Ribagorçana, rivière de 133 km née dans les parages surplombant le tunnel, qui va servir de délimitation entre les deux importantes régions espagnoles de l'Aragon (à l'ouest) et de la Catalogne (à l'est). A l'image de la retenue de la Pantana de Senet (photo ci-dessus), le cours supérieur du torrent est ponctué de nombreuses centrales hydro-électriques. Il se faufile d'ailleurs dans un étroit corridor encaissé qui délimite deux zones de haute qualité environnementale ; car outre le Parc Naturel de Posets-Maladeta (à l'ouest), se dessinent à l'est les contreforts du Parc National d'Aigüestortes, se caractérisant par un nombre important de lacs naturels enchâssés dans un magnifique paysage de haute montagne...

 

Un peu d'histoire


L'ensemble roman de la vallée de Boi est composé de 9 églises, construites aux XIème et XIIème siècles, constituant une parfaite unité de style architectural concentrée dans un espace très réduit. Elles ont été édifiées selon un modèle en provenance du nord de l'Italie, le roman lombard, qui se distingue par la fonctionnalité de ses constructions aux murs épais, le travail soigné de la pierre, les sveltes tours de clocher et une décoration extérieure d'arcs aveugles et de bandes lombardes.

Ces édifices austères ont été importés en Catalogne par des maîtres d'oeuvre itinérants. Les ouvertures sont rares et les nefs généralement séparées par des colonnes ou des piliers réunis par des arcs en plein cintre.

Les églises sont construites à l'aide de matériaux locaux : pierre, chaux, bois et ardoise. La pierre est travaillée comme la pierre de taille, mélangée au mortier de chaux pour la réalisation de murs et de voûtes. Les poutres de bois et les ardoises sont réservées pour les toitures.

Ces églises romanes constituent le reflet artistique d'une société structurée autour des hiérarchies ecclésiastique et seigneuriale. Dans cette époque médiévale, l'église n'accomplissait pas uniquement une fonction religieuse, mais jouait également un rôle social essentiel. Les édifices religieux servent donc de lieux de réunion et de refuge, alors que leurs clochers élancés sont utilisés pour la surveillance et la communication...

Pour réaliser les nombreuses fresques qui les ornaient, un mortier de chaux réalisé avec du sable, de la chaux et de l'eau est appliqué sur le mur. Un dessin préparatoire y est tracé, et à l'aide du mortier encore frais on applique les pigments de couleur dilués dans de l'eau. Les fresques d'origine des églises de la vallée ont été arrachées au début du XXème siècle, et vendues pour certaines au musée de Boston. Afin d'éviter un pillage généralisé, toutes les fresques restantes ont été prélevées et conservées au Musée archéologique de Barcelone. On ne trouve plus donc sur site que des copies.

Le nouvel ordre social lié au féodalisme fait perdre leur liberté aux paysans qui restent liés à la terre sous la tutelle des seigneurs féodaux. Dans la vallée, ces seigneurs sont les Erill ; leur nom a été donné à l'un des villages du secteur : Erill la Vall (photo). Participant aux campagnes de repeuplement et de reconquête sous les ordres du roi d'Aragon, ils bénéficient à la fin du XIème siècle d'une rapide ascension sociale. Ils vont donc employer les ressources issues de leurs butins de guerre à la construction des églises de la vallée de Boi. Elles vont symboliser leur pouvoir, et leur permettre d'acquérir un certain prestige social...

 

Découverte de la vallée

La vallée de Boi est parcourue par la Noguera de Tor. Ce torrent naît à une altitude de 1781 mètres, au lac de Cavallers qui collecte les eaux issues de plusieurs ruisseaux dévalant les pentes des montagnes constituant l'ouest du Parc National d'Aigüestortes. Coulant tout d'abord au fond de petits ravins, il est utilisé sur le bas de son parcours pour la production d'hydroélectricité comme ici à la Embassada de Cardet dont la surface gelée en bordure reflète si joliment le magnifique cadre naturel de cette "Vall de Boi"...

Torrent impétueux dans ses premiers kilomètres, se faufilant dans un canyon resserré qui abrite notamment la station thermale des Caldes de Boi, la Noguera de Tor coule à mi-parcours dans un espace élargi au niveau du village principal, Barruera. Ce dernier est d'ailleurs l'unique localité construite sur les rives planes du torrent, occupées par quelques prairies ensoleillées, alors que tous les autres bourgs du secteur sont édifiés en altitude sur les versants des montagnes. Après un parcours d'une trentaine de kilomètres, la Noguera de Tor va se jeter dans la Noguera Ribagorçana au niveau de la ville de Pont de Suert...

Toute la vallée est parcourue par des sentiers de randonnée, issus des anciens chemins reliant jadis les différents villages avant que les infrastructures routières actuelles n'aient été créées. Ces pistes alternent entre fond de vallée permettant de bénéficier d'un espace ouvert sur les versants, et parcours en balcon sur les pentes où les activités agro-pastorales traditionnelles perdurent. De place en place, des miradors naturels dégagent de merveilleux panoramas sur les cimes surplombant la vallée...

A suivre, page "Vallée de Boi (2)"...

 

Situation



 





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