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Fontaine de Vaucluse, la vallée close

 

1 : La source et le village

En cette mi-juin, "il pleuvait fort sur l'autoroute", notamment entre Béziers et Nîmes, comme aurait pu le chanter Brassens quand on passait au large de Sète... Heureusement en arrivant dans le Vaucluse le déluge cessa, et on put abandonner notre "p'tit coin de parapluie"...

Certes le ciel n'était pas d'un bleu éclatant comme on a l'habitude de le trouver en général en Provence !... Malgré tout, le cadre était bien là : les toits du village, le château médiéval et la barre rocheuse qui ferme la vallée et au pied de laquelle se trouve la fameuse "fontaine"...

Pour y accéder, il faut remonter sur quelques centaines de mètres le chemin essentiellement piétonnier qui part du centre du village. C'est là, le long de la rivière, que se concentre la majeure partie de l'économie locale : bars, restaurants, magasins, stands, musées,...

C'est cette falaise de 230 mètres de hauteur qui est à l'orgine du nom du département : "Vallis Clausa", la vallée close. Mais tout ce qui ce trame continuellement dans les entrailles de ce phénoménal système calcaire fortement karstifié conserve encore une grande part de mystère...

C'est au dernier moment, en franchissant le dernier ressaut venant buter contre l'immense paroi rocheuse de la Grande Mountade, que l'on découvre la magnifique vasque aux eaux vert-émeraude, particulièrement généreuse ici en raison du printemps pluvieux qui a précédé...

C'est cette fontaine qui est à l'origine du terme "source vauclusienne". C'est la résurgence la plus importante de France, la cinquième au niveau mondial, avec un débit annuel de 630 millions de m³. Elle constitue l'issue unique d'un bassin souterrain de plus de 1100 km²...

Au-dessous de la vasque se trouve un puits vertical en forme d'entonnoir irrégulier qui a été exploré (entre 1879 et 1989) jusqu'à la côte de - 308 mètres. C'est ici que ressortent les eaux tombées dans un rayon d'une soixantaine de km sur le Ventoux, les Monts de Vaucluse, le Luberon, Lure...

La première exploration du gouffre par un plongeur remonte à 1869, mais il ne put descendre qu'à 6 mètres de profondeur ! La plus grande profondeur atteinte par un scaphandrier date de 1983 : - 205 m. Pour aller au-delà, il faut utiliser des robots. En 1989, le Spélénaute atteint les point le plus bas du siphon : - 308 m...

Les eaux débordant de la vasque s'écoulent en bondissant et éclaboussant vers le village. Elles jaillissent à une température toujours située entre 11° et 13°, quelle que soit la température extérieure. Parfois, remontent à la surface des eaux fossiles, bloquées dans le sous-sol depuis des milliers d'années.

Quand la fontaine est au niveau minimum, on aperçoit à l'intérieur du gouffre un lac immobile dont les eaux ressortent un plus bas, au-dessous du seuil du réservoir, au niveau 0 du sorgomètre (échelle de mesure posée en 1869 à l'intérieur de la grotte). Diapos prises en 1970.

Cette eau généreuse, permanente et cristalline a été de tout temps un atout incontestable pour la région. Pendant l'Antiquité, le site bénéficiait d'un culte majeur des eaux (1 600 pièces de monnaies antiques du Ier siècle avant notre ère au début du Vème ont été retrouvées lors de fouilles dans la vasque). Il y a plus de 2000 ans, les Romains ont construit un barrage pour canaliser ce précieux liquide (vers la ville d'Arles ?), remanié depuis...

C'est ici que naît la Sorgue, rivière régulière d'une longueur de 35 km, très appréciée par l'agriculture vauclusienne. On devrait plutôt dire les Sorgues, puisque le cours d'eau se sépare en aval en plusieurs bras pour réaliser un important réseau atteignant 500 km...

L'allée aménagée entre la résurgence et le coeur du village, qui parcourt le fond de cette courte vallée verdoyante en cul-de-sac, offre une bien belle promenade. Les platanes plus que centenaires qui la bordent proposent une ombre très appréciée par forte chaleur...

En de nombreux points du village, des terrasses de restaurants surplombent les magnifiques eaux de la Sorgue. Et malgré l'énorme fréquentation touristique du site, on y trouve de très bons menus à prix fort raisonnables...

On l'a vu, la présence de cette eau à fort débit a attiré très tôt les industries. Barrages, vannes, canaux ont servi à actionner scies hydrauliques, martinets, roues à aube. Le dernier moulin a fermé ses portes en 1968, mais un centre artisanal a été créé en 1974 ; nous y reviendrons...

La place centrale de ce petit village de 610 habitants est ornée d'une colonne commémorant le 5ème centenaire de la naissance de Pétrarque, hôte célèbre de la cité vauclusienne. A l'origine (en 1804), elle se dressait face au gouffre, mais fut déplacée 23 ans plus tard...

On connaît l'importance des fontaines en Provence, mais celle qui est située à proximité de la mairie est assez particulière ! Elle a été réalisée à partir d'une sculpture de dieu guérisseur d'origine gallo-romaine qui a été retrouvé dans le sous-sol d'une maison du village...

Le village est dominé par les ruines du château des Évêques de Cavaillon, construit au XIème s (vers 1030) sur l'emplacement d'un ancien monastère et détruit au XVIIème. Il accueillit une garnison de 150 hommes de troupe lors de la présence des papes dans la ville voisine d'Avignon.

Grâce à sa source et à la configuration de son cadre naturel exceptionnel, Fontaine de Vaucluse est un village très touristique où artisanat et gastronomie ont remplacé les usines et équipements industriels qui faisaient la richesse du village aux siècles précédents.

 

2 : Le moulin à papier

Le premier moulin à papier de Provence fut implanté en 1374 à Carpentras ; en 1522, le moulin du Martinet entra en action sur les bords de la Sorgue en 1522. Il fut transformé ensuite en usine de production de soie, puis de tapis de laine, avant de revenir vers le papier dans les années 1920.

Actuellement, le moulin de Vallis Clausa a repris une activité papetière à Fontaine. La puissance des eaux de la Sorgue est utilisée pour actionner une roue à aube (7 mètres de diamètre, 2 m de large, 48 pales en bois) qui va tourner en sens inverse des aiguilles d'une montre.

Cette grande roue entraîne un arbre de 6 m, garni de 70 cames en bois, soulevant alternativement des maillets garnis de lames d'acier tranchantes qui vont déchiqueter des chiffons (lin, chanvre, coton) dans une pile en granit. Ils vontpasser successivement dans cinq piles, pendant 24 à 36 heures.

On obtient une espèce de pâte grossière qui va être affinée dans une pile hollandaise. A l'intérieur tourne un cylindre muni de lames qui continue à déchiqueter la pâte, tout en maintenant une circulation d'eau. Avec près de 100 000 coups de lame à la minute, la pâte ainsi obtenue permettra la fabrication d'un papier plus fin.

On y rajoute de la colle à base de résine naturelle, ainsi éventuellement que des pétales de fleurs ou des feuilles de graminées. L'ouvrier papetier (l'ouvreur) va plonger une forme (tamis à la trame très resserrée) pour puiser de la pâte. La hauteur du rebord de la forme détermine l'épaisseur du papier.

Après un bref égouttage, l'ouvrier coucheur retourne la forme pour déposer la feuille sur un tapis de feutre de laine. Il va ainsi constituer une pile de 100 à 250 feuilles alternées avec une couche de feutre, qui passera ensuite sous une presse.

Les feuilles sont prélevées par l'ouvrier leveur, et étendues sur des cordes où elles vont sécher pendant 2 ou 3 jours. Une nouvelle pile de feuilles est ensuite constitué, et mise sous presse pendant 4 jours. Chaque feuille passe au laminage, pour que le papier soit parfait pour l'écriture. Autrefois, des lisseuses polissaient chaque feuille au silex.

La fabrication est terminée : il ne reste plus qu'à trier ces feuilles une par une, les empaqueter et les porter chez l'imprimeur ou l'enlumineur qui les imprimeront ou les décoreront par la technique du pochoir. Les plus belles feuilles sélectionnées resteront en l'état (calligraphes, peintres, éditeurs) ou bien seront transformées en papier à lettre, cartes de correspondance, abat-jour, etc...

De par son importante fréquentation, Fontaine de Vaucluse a attiré de nombreux ateliers d'artisanat ou boutiques de produits provençaux. La cristallerie des Papes confectionne une grande variété de verres, de lampes et de vases selon les techniques ancestrales des souffleurs de verre... (Diapos années 70)

 

 

 




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