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Vallée d'Aure :

randonnée aux Granges du Moudang...

Et nous voici de retour en Haute Vallée d'Aure, entre le village de Saint-Lary Soulan et la frontière franco-espagnole !... La vallée du Moudang est perpendiculaire à celle-ci, et donc orientée nord-sud...

Le départ de la randonnée s'effectue au Pont du Moudang, sur la commune d'Aragnouet, entre l'aire de pique-nique et le camping, à 1053 m d'altitude... En route pour une belle balade d'une demi-journée, ou plus si affinité...

La pente est très soutenue dès le départ, et la piste longe un parcours accrobranche situé en contrebas. Et si personne n'évolue encore sur la tyrolienne ou sur le pont de singe, c'est qu'il est l'heure du repas...

Les premiers pas de la randonnée s'effectuent à l'intérieur d'une gorge resserrée, sous une voute arborée imposante. Tout au fond du canyon, la Neste du Moudang sinue entre les rochers, cascade, ou s'alanguit dans quelques vasques transparentes...

 

Après demi-heure d'une montée continue, la pente s'estompe quelque peu, et la vallée s'entrouvre. Paroi rocheuse à droite, vide à gauche, belle hêtraie-sapinière en face, et grand bleu au-dessus... C'est l'été, enfin !...

Un petit regard vers l'arrière à la suite de ces 30 minutes de grimpette, et l'on se rend bien compte de la physionomie de la gorge que l'on vient de parcourir, même si la végétation la masque en grande partie, et ne permet d'apercevoir le torrent que très épisodiquement...

La forêt que l'on traverse est magnifique, et son ombre bienfaisante en cette journée de chaleur. Outre les hêtres et les sapins qui en constituent la majeure partie, quelques autres espèces apparaissent sur le bord du chemin : bouleaux, noisetiers, saules, sorbiers,...

Une petite fenêtre s'entrouvre dans la végétation vers l'est, et permet d'apercevoir le ruisseau de Pich Héret dévalant du Pic de Bern (2583 m). En observant la configuration de ce ravin escarpé, mon regard fut attiré par une minuscule tache marron : un isard est bien là...

Très à l'aise sur cette pente particulièrement raide, ce solitaire se repaît de l'herbe grasse et généreuse qui recouvre le versant, grimpant de quelques mètres, l'oreille en permanence aux aguets, bien tranquille dans ce secteur inaccessible, bercé par le bruit cascadant de l'eau !...

En poursuivant la route, la vallée continue à s'ouvrir : les sommets frontaliers apparaissent, et bientôt la forêt va laisser place aux pâturages. En contrebas, une petite retenue barre le cours de la Neste du Moudang...

Abandonnant le chemin principal, j'empruntai une sente raide et peu marquée pour me rendre à proximité de ce barrage dont la couleur de l'eau m'attirait. Il constitue l'un des modestes maillons de la production hydroélectrique très développée en Vallée d'Aure...

Il faut dire que cette eau à la teinte si particulière fait plutôt penser à la "Grande Bleue" qu'à une retenue d'altitude ! Toutefois la végétation environnante remet vite les choses à leur place : non, nous ne sommes pas sur des rivages méditerranéens...

Au fil des pas, la vue continue à s'élargir, et la piste se rapproche progressivement du torrent. En avançant en altitude, la forêt cède par endroits sa place à la pelouse, et les versants abrupts de la rive opposée sont parcourus par de nombreux éboulis...

Toutefois, c'est sur notre droite que se présente le plus beau couloir d'avalanche ! La roche a été rabotée et lissée par les anciens glaciers du quaternaire qui recouvraient cette vallée et ses voisines, et constitue un splendide toboggan pour les coulées de neige hivernales...

La vallée est magnifique, et les bords de la Neste invitent au farniente ! Et dire que ce secteur a failli être défiguré au XIXème siècle par une route qui devait relier la France à l'Espagne. Ce projet approuvé en 1861, sera finalement ajourné en raison des contraintes techniques qu'il engendrait...

Après un peu plus d'une heure de marche, le village de granges est enfin en vue au loin. On aperçoit également le fond de la vallée de gauche avec le Pic de Lia (2778 m) et le Port -col- du Moudang (2495 m) qui sert de passage vers l'Espagne...

Nous nous baladons sur le chemin que les habitants du village de Tramezaïgues empruntaient avec leurs troupeaux au mois de mai pour les conduire sur ces pâturages d'altitude. Ils en redescendaient ensuite début octobre avant les premières neiges. Et cela jusqu'aux années 60...

Le village comptant une quinzaine de granges a été implanté sur un plateau situé à la confluence de 2 torrents, à 1521 mètres d'altitude. Les habitations ont été regroupées à l'écart des secteurs avalancheux et des crues, entouré de longs murs de pierre pour regrouper les troupeaux...

Ces parcs à bestiaux, constitués de murs en pierres sèches, illustrent l'ancienneté de l'activité agro-pastorale dans ces vallées pyrénéennes. On a retrouvé trace de l'exploitation collective de ces estives depuis le XIIIème siècle, et les "Règlements Communautaires de Tramezaïgues" datent de 1507...

Si des troupeaux occupent encore ces pâturages, en moindre quantité toutefois, ils sont aussi colonisés par la grande faune sauvage. Outre l'isard, que nous y retrouverons plus tard, le sanglier vient y rechercher de jeunes pousses et signe très ostensiblement son passage nocturne...

La présence d'eau était indispensable auprès de ce village estival : boisson des animaux et des bergers, conservation du lait, irrigation. Le ruisseau de Héchempy descend du port du même nom (2250 m) et du Pic de Bataillence (2604 m) que l'on devine au fond...

C'est par cette vallée qu'a transité entre 1913 et 1926 le minerai de fer prélevé sur le versant espagnol aux mines de Parzan, car cette région n'était desservie par aucune route. 37 pylônes supportaient 14 km de câbles tractant 72 bennes. Le minerai était ensuite acheminé par route jusqu'au pays basque espagnol (à Irun) où il était traité...

Abandonnées depuis les années 60, beaucoup de ces granges ou cabanes ont été restaurées et aménagées (certaines sont des gîtes). Des panneaux solaires compensent l'absence d'électricité, et l'eau est tirée à l'ancien abreuvoir...

Il ne reste plus qu'un troupeau de brebis dans le secteur, et, comme elles le faisaient à l'époque, les bêtes viennent chercher un peu d'ombre auprès des bâtiments. Ces granges servaient à abriter bétail et berger, ainsi qu'à stocker le foin coupé aux alentours...

Les murs des granges étaient réalisés en pierre du pays liées par un mortier de terre ; les toits, en forte pente, étaient couverts de grandes plaques d'ardoises, les "labasses". Une cheminée ou un "tire-hum" (trou dans le mur) permettaient d'évacuer la fumée...

La vallée à gauche des granges est parcourue par le ruisseau des Chourrious, et est dominée au centre par le Pic de Lia (2700 m). Fin juillet 1834, un orage de 36 heures détruisit pans de montagne, chemin, pont, granges et bloqua au Moudang une vingtaine de personnes pendant plusieurs jours...

En s'élevant, on constate que le village de granges est parfaitement intégré dans le paysage. Et si toute activité agro-pastorale a disparu, on imagine la vie qui y régnait autrefois, notamment pendant les fenaisons quand les familles entières venaient y vivre...

A demi-heure au-dessus des granges, l'ancienne source de la Reine était célèbre pour sa teneur en fer et ses propriétés. Elle fut un temps mise en bouteille, et beaucoup de touristes venaient y "prendre les eaux", étant alors hébergés dans les granges...

Au moment de redescendre dans la vallée, en fin d'après-midi, des isards commencent à prendre possession des pâturages ceinturant les granges, attirés entre autres par les morceaux de sel que les bergers y déposent en direction des troupeaux...

Le retour vers la vallée s'effectue par le chemin de la montée, et permet de traverser à nouveau les différents paysages que propose le secteur du Moudang : vastes estives, torrents impétueux, cascades écumantes, ravins escarpés, forêt dense, gorges profondes...




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